Myanmar/Birmanie – partie 1

Mingalarbar ! Bonjour à tous !

Le 2 avril, nous atterrissons à l’aéroport de Yangon où nous retrouvons Yves et Christine, les parents d’Hugo que nous n’avons pas vu depuis presqu’un an. Les retrouvailles sont fortes en émotion. Léon est tellement heureux de revoir ses grands-parents. Nous sommes chaleureusement accueillis par Zaw Zaw, chauffeur/guide indépendant connu par le biais du forum du routard qui, faute de pouvoir louer notre propre voiture (interdit au Myanmar), va nous accompagner dans ce qui s’avèrera être, une magnifique aventure…

Nous embarquons dans son minibus et filons au sud-est vers l’État Mon où le tourisme est balbutiant. La route est longue et nous avons le temps de discuter longuement avec Zaw zaw de ce que nous recherchons à travers ce voyage, à savoir, de l’authenticité.

Nous faisons un premier arrêt en chemin dans un minuscule village de quelques maisons tressées en bambou auxquelles on accède par un pont de bois branlant. Là, une famille s’affaire toute la journée à la fabrication de cheroots, des cigarillos locaux.

Nous sommes totalement séduits par la sincérité du sourire de ces gens et la simplicité de leur accueil. La découverte de l’autre semble aussi nouvelle pour nous que pour eux. Fou rire général lorsque l’une des femmes croit reconnaitre Yves, la fameuse « star de film ».

Une femme nous initie à la coutume du Tanaka, cette poudre dorée issue de l’écorce d’un arbre qui pousse dans les zones arides du pays. La poudre est mélangée à de l’eau puis appliquée sur le visage dans le but de rafraichir et de protéger la peau contre les rayons su soleil. C’est une caractéristique à part entière du Myanmar et pour certains, un véritable atout beauté.

En fin de journée, nous arrivons à Mawlamyine, actuelle capitale de l’Etat Mon et première capitale de la Birmanie britannique, quand, à la fin de la 1ère  Guerre Anglo-birmane (1826), les régions côtières furent cédées à la Compagnie des Indes Orientales. Après un deuxième conflit puis un troisième en 1885, toute la Birmanie passe sous contrôle anglais jusqu’à l’indépendance en 1948. Nous montons sur la colline qui surplombe le détroit de la Salouen dans la mer d’Andaman où les temples hindouistes et les pagodes bouddhistes rivalisent de grandeur.

Ce soir là, à la lumière bleutée du coucher de soleil, mamie Cricri fête son anniversaire !

Le lendemain, Zaw Zaw nous entraîne sur l’île de Bilu à la découverte des maisons en bois typiques de l’ethnie Mon. Les familles plus pauvres vivent dans des maisons dont les murs sont tressés de bambou et les toits faits de feuilles de palmes séchées. Le résultat est très esthétique mais demande un entretien fréquent, l’architecture subissant la succession des saisons sèches et des moussons.

Par la suite, nous verrons des maisons plus modestes encore, faites de grandes feuilles séchées et enduites de terre.

Sur l’île, une petite entreprise fabrique artisanalement des élastiques à partir de latex prélevé dans les nombreuses plantations d’hévéas qui occupent les terres du pays. Un des employés nous raconte la concurrence déloyale chinoise qu’ils ont à affronter aujourd’hui…

Plus loin, nous observons le travail d’artisans d’objets en bois en tout genre. On est saisis par leurs conditions de travail…

Nous poursuivons notre route vers Pa-an et l’Etat Karen. Cette ethnie constitue la deuxième du pays en nombre. Depuis 1948, la zone était le théâtre d’un conflit violent entre la junte militaire birmane et la guérilla karen qui luttait pour l’indépendance. Le calme n’est revenu que depuis des accords de cessez le feu signés en 2012. Les différentes ethnies birmanes se distinguent par le motif de leur longyi (jupe traditionnelle nouée devant chez les hommes et sur le côté chez les femmes). Le motif des karens est constitué de rayures.

Autour de Pa-an, une vaste plaine rizicole est parsemée de pitons karstiques dissimulant d’impressionnantes grottes.

Ces grottes sacrées abritent des lieux de cultes empreints de mystère. A la sortie de la grotte de Saddan, des bateliers nous attendent pour nous ramener vers l’entrée à bord de petites pirogues.

Dans la grotte de Kawgun, un superbe travail de stuc minutieux orne les parois depuis le VIIème siècle de notre ère !

C’est la saison sèche. Les brûlis tentent de fertiliser rapidement les terres agricoles mais font des ravages sur l’écosystème et polluent l’air que nous respirons. La chaleur est étouffante. Nous sommes les seuls blancs parmi les pèlerins birmans et on ne passe pas inaperçus. On se prête tous au jeu des photos avec les locaux qui, pour certains, semblent voir des occidentaux en chair et en os pour la première fois. Pour Léon, le contact avec les gens devient de plus en plus compliqué. Il ne supporte plus d’être touché et attrapé de force par les asiatiques pour des selfies.

Nous quittons ces terres authentiques pour nous diriger vers un « must see » des touristes en Birmanie : le lac Inlé. De très longues heures de route nous attendent mais on peut compter sur notre pilote (rapidement surnommé Fangio) pour nous raconter avec passion l’histoire de son pays et ses traditions. On prend le temps d’observer avec amusement les véhicules motorisés qui transportent toute sorte de marchandises et des birmans souvent entassés comme du bétail…

…ainsi que les véhicules non motorisés au charme incomparable !

L’état des routes est loin d’être parfait et la circulation dangereuse mais la situation évolue rapidement grâce au travail harassant des ouvriers (et surtout des ouvrières) qui cassent les cailloux et fabriquent le goudron sur le bord de la chaussée.

Nous arrivons enfin sur les berges du lac. Situé à près de 900m d’altitude, on apprécie ce regain de fraicheur. On embarque à bord d’un petit bateau à moteur qui doit nous conduire à notre hôtel flottant. A la lumière du soleil couchant, les scènes de vie sur le lac sont magnifiques. Notre joie se change en désillusion lorsque notre bateau s’arrête près de la barque d’un pêcheur qui nous fait un numéro digne d’un acteur pour présenter sa méthode traditionnelle de pêche. Notre batelier attend que nous lui donnions sagement son pourboire pour redémarrer…

Le lendemain, le batelier nous attend pour nous conduire dans l’un des villages du bord du lac. Nous découvrons les maisons sur pilotis auxquelles les familles accèdent avec leurs petites pirogues, « garées » sous la maison. Les rizières des alentours nourrissent les ethnies Inthas, Shans, Pa-O… vivant sur les berges du lac.

Les habitants rentrent du marché, bras et têtes chargés de provisions avant de rejoindre les embarcations qui les conduiront jusqu’à leur village.

On s’empresse d’aller nous joindre à l’agitation et à la bonne humeur de ces allées dont les étalages photogéniques installés à même le sol, regorgent de produits locaux.

Nous découvrons comment est préparé le bétel, mélange chiqué tout au long de la journée par une grande partie des birmans. La noix d’arec, issue du palmier à bétel, est séchée puis coupée en petit morceaux. Une feuille de piper betel est enduite de chaux ayant un effet catalyseur sur les substances contenues dans la noix d’arec qui est déposée à l’intérieur. Le tout, une fois replié, est prêt à être chiqué. Sa consommation a des effets psychostimulants, tonifiants et coupe faim. Elle est aussi addictive et entraine des risques de cancer de la bouche et du larynx, de surcroît lorsque du tabac est associé à la préparation.

Il est impossible de passer à côté de ses effets colorants sur la salive et les dents…

Nous découvrons ensuite un lieu magique : les plantations flottantes de tomates et autres légumes ! La très faible profondeur du lac (2,10m max à la saison sèche) permet aux habitants d’ancrer un enchevêtrement de racines au fond de l’eau, servant ainsi de support aux plants. Les jardins montent et descendent en fonction du niveau de l’eau. Ils sont fertilisés grâce aux algues récoltées dans le lac.

L’après-midi, nous partons à la découverte de l’artisanat riche et varié des rives du lac : argenterie, soie (dont de la soie de fleur de lotus), travail du bois… Malheureusement, lorsque l’on ouvre bien les yeux et  que l’on tend l’oreille, on se rend vite compte que toutes ces démonstrations d’artisanat ne sont encore que du folklore pour pigeonner le touriste et lui vendre des articles fabriqués à l’usine. Lorsqu’un bateau arrive, les « ouvriers » quittent leur hamac pour aller « se mettre au boulot »…

Les bateliers ne manquent pas de nous arrêter dans quelques temples et pagodes dont l’un d’entre eux, superbe, tout en bois, renferme de belles statues de Bouddha.

Après une deuxième nuit dans notre petit paradis sur pilotis, nous repartons vers la terre ferme pour suivre Zaw Zaw vers d’autres contrées. Nous quittons cet endroit avec une impression mitigée. Nous garderons un souvenir inoubliable de ce lac aux traditions si spéciales, à la technique de pêche au filet unique au monde consistant à ramer avec la jambe, aux méthodes de culture incroyables. L’atmosphère est vraiment particulière et les images que nous imprimons sont magiques. Mais nous nous sentons aussi privilégiés et égoïstes car ces quelques scènes de vie quotidiennes authentiques auxquelles nous avons la chance d’assister, combien de temps encore survivront elles à l’essor du tourisme ?

L’affluence de voyageurs a entrainé une nouvelle manne économique permettant aux habitants de s’équiper en moteurs, polluant les eaux et les oreilles. Le lac devient une vraie autoroute sur laquelle sont transportés principalement des touristes. Le pêcheur qui, hier, vivait fièrement de son travail finira par perdre demain son savoir-faire unique au profit d’argent facilement acquis par le biais du tourisme. La construction d’hôtel détériorera de plus en plus le paysage et l’environnement… On en vient donc à cette grande question qui revient souvent dans les discussions entre voyageurs : malgré tout notre respect pour les populations et leurs terres comment limiter notre impact incontestable et irrémédiable sur l’environnement et sur les modes de vies qui tendent à s’uniformiser ?

Nous suivons la route en direction de Mandalay. Nous faisons quelques pauses pour se régaler des fruits locaux mais aussi découvrir la viande de rat grillé que l’on voulait tester depuis longtemps. Goûteux !

Avant d’entrer à Mandalay, nous prenons de la hauteur pour admirer les innombrables pointes dorées des pagodes du centre religieux de Sagaing, qui se dressent fièrement au bord du fleuve Irrawaddy.

Puis, on file vers Amarapura pour admirer le coucher de soleil sur le pont d’U Bein, le plus long pont de teck au monde. Bois précieux, le teck birman est considéré comme le meilleur mais il est très menacé par la surexploitation et la contrebande (première source de revenu de la junte militaire) à tel point que son exportation est (officiellement) interdite depuis 2014.

A suivre très vite…

Tar tar ! (on ne prononce par le r 😉 )

2 Des réflexions sur “Myanmar/Birmanie – partie 1

  1. Superbe décor pour une superbe aventure et découverte. Qu’il est chanceux petit Léon de grandir avec de tels paysages et bien entouré. Bonne route à vous.
    Sophie

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