Myanmar/Birmanie – partie 2

Mingalarbar !

Assez de suspens ! Voici la suite de nos aventures birmanes…

Le lendemain, nous suivons notre guide à travers les vestiges de la ville de Mandalay, deuxième ville du pays et dernière capitale royale avant que ses souverains soient envoyés en exil par les britanniques. La pagode Kuthodaw renferme un véritable trésor : un ensemble de stupas abritent le canon bouddhique gravé en langue pali sur 729 stèles de marbre, afin que ces textes sacrés ne disparaissent jamais !

Nous sommes totalement envoutés par le monastère en teck finement sculpté de Shwenandaw.

Mandalay est très réputée pour la taille du jade. Nous sommes curieux d’aller voir comment ça se passe au « jade market ». On déambule dans les allées et découvrons avec stupéfaction les conditions de travail de ces jeunes artisans. Ici, on découpe le morceau à coup de scie circulaire sans aucune protection tout en sifflotant et en allumant un cheroot, s’il vous plait !

Les commerçants passent  le temps à des jeux faits de bric et de broc.

Zaw Zaw nous emmène ensuite dans le temple de Mahamuni qui abrite une statue très sacrée de Bouddha en bronze, grossie et déformée de plus en plus chaque jours par les milliers de feuilles d’or qui lui sont ajoutées. Cette image, dont seuls les hommes ont le droit d’approcher, est lavée tous les matins à 5 heures par les moines.

Non loin de la ville, sur les berges de l’Irrawaddy, on peut admirer quelques vestiges de la cité ancienne de Mingun dont la pagode inachevée. Commencée en 1790, serait devenue la plus grande au monde avec 150m de hauteur si un astrologue n’avait prédit la mort du roi Bodawpaya en cas d’aboutissement de l’œuvre. Ce même roi est à l’origine de la fabrication d’une cloche de 90 tonnes, la plus grosse au monde après celle de Moscou (non on ne parle pas d’Elodie !).

On peut aussi admirer la pagode Hsinphyumae qui se détache telle une grosse meringue blanche sur le paysage aride.

Mais la partie la plus intéressante de la visite n’est autre que la ballade sur l’Irrawaddy pour accéder et quitter le site. Elle nous laisse à voir de belles scènes de vie des populations vivant sur les rives du fleuve. La communauté qui vit proche de l’embarcadère est très pauvre et loge dans des maisons en bambou délabrées.

Avant de quitter définitivement la région de Mandalay, nous nous arrêtons contempler les ruines de l’ancienne cité d’Ava, fondée au XIVème siècle. L’architecture rappelle fortement celle du royaume d’Ayutthaya en Thaïlande datant de la même époque.

Le monastère en teck de Bagaya Kyaung, posé sur 267 pilotis, est une fois de plus, du plus bel effet !

Après de nouvelles heures de route pendant lesquelles Léon s’initie au travail scolaire grâce aux cahiers d’exercices, livres, coloriages et jeux que ses papis et mamies lui ont ramené, nous arrivons sur les terres arides et brûlantes de Bagan. 2834 temples sont recensés sur une zone de 50 kilomètres carrés…

Dès le IXème siècle, Bagan fut la capitale du premier empire Birman. Chaque nouveau roi fit bâtir chédis, temples, pagodes pour marquer sa foi bouddhiste et assurer sa postérité. Après une période d’apogée au XIIIème, Bagan décline économiquement, puis l’invasion mongole en 1287 marque la fin du royaume. Cependant, Bagan resta à tout jamais un lieu majeur de pèlerinage. 

Le tremblement de terre de 1975 a endommagé de nombreux temples. Dès les années 90, la junte birmane entreprend une vague de restaurations très critiquées ainsi que la construction d’un terrain de golf et d’une tour d’observation au milieu du site. Ces interventions empêchent l’inscription du lieu au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais ici, même les échafaudages sont incroyablement esthétiques !

La junte a aussi entreprit de fermer de nombreux temples à la visite ainsi que l’accès aux terrasses desquelles les gens venaient admirer le lever et le coucher du soleil. Protection des temples de la détérioration et de l’irrespect des visiteurs qui venaient fricoter dans l’intimité des monuments ? Ou manœuvre pour fermer le site à la visite libre et pousser le visiteur à payer son droit d’entrée, à utiliser les services de montgolfière et la tour dont l’accès est payant et dans laquelle le gendre d’un général possède un bar-restaurant ?

On se contente donc des quelques buttes de terre ça et là pour aller admirer le coucher de soleil, magique…

…et on se lève aux aurores pour le voir resurgir derrière les flèches des chédis.

Certains temples ont conservé les fresques qui ornaient à l’époque les murs des monuments.

Malgré une chaleur harassante, nous garderons un souvenir magnifique de ces 2 jours de ballade à travers ce site extraordinaire. C’est vraiment magique de déambuler dans cette plaine asséchée et de découvrir à chaque coin, un nouveau trésor historique et architectural. Note aux voyageurs : Notre guide s’est chargé de nous mener dans cette quête et de nous fournir plein d’explications intéressantes, mais nous vous recommandons d’opter pour la location d’un vélo pour découvrir le site par ses propres moyens.

Avant de quitter Bagan, nous nous rendons dans une fabrique d’objets en laque. Bien qu’une fois de plus, on s’interroge sur l’authenticité de la démonstration, nous sommes émerveillés de découvrir le savoir faire de ces artisans qui créent des objets à partir de filaments de bambous empilées et les ornent d’un travail minutieux à la coquille d’œuf.

Zaw Zaw doit nous laisser car il est attendu dans un monastère pour une retraite spirituelle qu’il effectue chaque année. Depuis le début du voyage, nous sommes impressionnés par la ferveur inconditionnelle des bouddhistes birmans. Le nombre de lieux de prières dépasse tout entendement ; la quantité de pèlerins et leur respect du culte sont spectaculaires ; leur générosité est infinie : même très pauvres, les birmans sont toujours prêts à donner une partie de leurs maigres ressources aux temples et aux moines.

Sur les bords des routes, les villageois font la quête pour la construction de commodités et l’entretien de leurs lieux de cultes. Nombreux sont les automobilistes qui s’arrêtent. On se pose tout de même la question de la justification de ces appels aux dons. Selon les principes du bouddhisme, les moines et les fidèles doivent vivre dans la simplicité et ne pas s’attacher aux richesses matérielles. Pourtant, les toits des pagodes sont recouverts d’or et abritent même des diamants dans leurs ombrelles. Les monastères renferment des richesses inimaginables ! Nous sommes un peu choqués de voir des DAB installés à l’intérieure de la pagode Shwedagon et de ce lien malsain qui existe malheureusement entre les religions et l’argent

Zawmin, ami de Zaw Zaw prend le relais pour nous mener à Nwe Saung, sur la côte du golfe du Bengale où nous resterons le temps du nouvel an Birman. Pendant 4 jours fériés, les habitants fêtent Thinghyan, la fête de l’eau. A cette occasion, ils se lancent de l’eau les uns sur les autres, symbole de purification pour éloigner les esprits malins et apporter paix, prospérité et bonheur pour l’année à venir. Aujourd’hui, c’est devenu une bataille d’eau géante où certains n’hésitent pas à sortir la sono et les lances à incendie.

Nous assistons sur la route bordée de somptueux banian, au début des festivités et on est même invités à s’y joindre. Hugo et son père sont comme des gosses et ont investi dans des pistolets à eau. Le principe est vraiment drôle et bon enfant.

C’est aussi l’occasion de parade dans les rues transportant les enfants prêts pour leur rite initiatique et leur ordination en tant que jeunes moines. Ils resteront entre une semaine et plusieurs années au monastère.

Beaucoup de jeunes se sont teint les cheveux pour l’occasion avec plus ou moins de succès (les produits qu’ils utilisent sont souvent de mauvaise qualité). On a même croisé des touts petits la tête pleine de teinture.

A Nwe Saung, nous profitons de nos luxueux bungalows (merci papi Cocotte et mamie Cricri) et alternons entre plage de sable fin et piscine et entre bronzette et balades. Nous sommes un peu déçus cependant de constater l’affluence de véhicules à moteurs sur la plage qui s’apparenterait presque à une autoroute à certaines heures…

Ici aussi la fête bat son plein dans les rues du village ! Certains se déguisent. D’autres distribuent de la nourriture au passant après leur avoir versé un peu d’eau sur la tête. Les enfants sont heureux d’arroser les touristes. Yves et Hugo sont même invités à partager un repas avec une famille du village à l’occasion d’une rando.

Le soir, lorsque le soleil quitte le Bengale, le ciel devient magique !

Nous quittons la côte pour retourner à Yangon où nos vols nous attendent pour rentrer à nos pénates respectifs. Mais avant de nous séparer de ce pays si attachant, Zawmin nous guide dans les rues de l’ancienne capitale à la rencontre des commerçants du marché 100% local de China Town.

Nous ne pouvons pas partir d’ici avant d’avoir admiré les dorures flamboyantes de la pagode Shwedagon, le plus sacré des centres religieux du pays car selon la légende, le stupa aurait été bâti du vivant de Bouddha, au VIème siècle avant J.C.

Nous prenons notre envole, Yves et Christine vers la France, et nous vers Bangkok, tous heureux de ces moments partagés et de la découverte de ce pays. Hugo et moi appréhendions le voyage accompagné par un guide. Nous redoutions une découverte superficielle du pays, un cantonnement aux sites ultra touristiques et des combines un peu malhonnêtes courantes dans de nombreux pays. Au lieu de ça, la rencontre avec Zaw Zaw a marqué le début d’une véritable amitié. Il a été adorable avec Léon qui le lui rendait bien. Il nous a fait découvrir avec passion la culture exceptionnelle de son pays et nous a révélé son histoire avec beaucoup de professionnalisme. Il nous a conduit dans des lieux hors des circuits touristiques sans omettre évidemment les sites incontournables que nous avons eu la chance de découvrir uniquement avec les locaux en cette période de sécheresse et de forte chaleur. Nous garderons beaucoup d’affection pour lui, pour le Myanmar et pour ses habitants beaux et au sourire si sincère. Un petit panel de scènes de vies recueillis durant notre périple

Ces images resteront figées ainsi dans nos esprits mais nous savons que la modernité avance ici aussi à grand pas. Il serait maladroit de souhaiter à ce pays de rester tel qu’il est car la population est pauvre et certains vivent dans une grande précarité. Mais nous lui souhaitons de maintenir le plus longtemps possible sa diversité culturelle, ses traditions et sa joie de vivre.

Nous lui souhaitons aussi de parvenir à résoudre les nombreuses situations complexes et parfois violentes liées aux volontés des différentes 135 ethnies constituant le pays. L’élection en 2015 d’Aung San Suu Kyi, figure de l’opposition non-violente à la dictature militaire de son pays, a redonné une vague d’espoir au peuple gouverné par une junte depuis 1962 ! Bien qu’une disposition constitutionnelle empêche « The Lady » de devenir présidente de la République, elle est aujourd’hui ministre des affaires étrangères, conseillère spéciale de l’État et porte-parole de la Présidence, ce qui l’assimile donc à un chef de gouvernement. Mais entre pauvreté, illégalités, corruption, stratégies politiques des grandes puissances, contrebande et guérillas, l’avenir ici reste encore incertain…

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