Kosovo

Mirësevini në Kosovë ! Bienvenue au Kosovo !

Au Koso quoi ? C’est un pays ça ? C’est la guerre là-bas non ? Y a des mines anti-personnelles ! Comme nous, vous vous posez sûrement pas mal de questions à l’évocation de ce nom. C’est pourquoi, étant passés par la Serbie, nous nous devions de traverser la frontière pour aller voir ce qu’on y trouve et tenter d’y voir un peu plus claire dans un conflit serbo-kosovar qui dure depuis déjà bien longtemps…

Bebe Globetrotter 978

Pour essayer de résumer au mieux tout ce que l’on a pu y apprendre, nous avons décidé de présenter cet article sous forme de mots-clés, développés et illustrés.

Bonne lecture !

Frontière :

Lorsque l’on approche de la frontière qui sépare la Serbie du Kosovo, on constate rapidement qu’il y a une discordance importante suivant le côté où l’on se trouve : pour les serbes, le Kosovo est une province autonome sous autorité Serbe et la frontière est régionale. Pour le Kosovo, la frontière est étatique et l’on y présente son passeport. On y paye même une assurance pour son véhicule car le pays n’apparaît pas sur la plupart des cartes vertes (15 euros pour 15 jours en camping-car,).Bebe Globetrotter 979

Problème n°2 : sa délimitation. Il existe une zone au nord appartenant à l’ancienne région du Kosovo et donc normalement à l’actuelle République du Kosovo mais toujours sous contrôle Serbe. La présence d’une mine lucrative exploitée par la Serbie ainsi que le nombre important de serbes réfugiés ici lors des différents conflits expliquent cette dispute territoriale. Cela donne lieu à des aberrations telles que la ville de Mitrovicë divisée par une rivière en une partie nord serbe et une partie sud kosovare. La traversée d’un des ponts de la ville, symbolique dans le conflit, est surveillée (par des snipers parait-il) et, la nuit, le passage n’est permis qu’aux personnes présentant une autorisation !

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Drapeaux :

La présence de drapeaux ne nous a jamais semblée aussi symbolique qu’ici: la bande Nord du Kosovo sous contrôle serbe ainsi que les quelques villes encore habitées par cette minorité affichent des drapeaux partout. Il en est de même pour le reste du Kosovo qui affiche de manière exubérante le drapeau… albanais ! Pourquoi ? Car la population du Kosovo est en très grande majorité d’origine albanaise. De plus, le drapeau Kosovar choisi en 2008 suite à un concours organisé par le gouvernement ne convient pas aux habitants (contraintes imposées par l’ONU lors du concours). Ce dernier est quasi-inexistant dans le pays.

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Indépendance :

En déclarant son indépendance en 2008, le Kosovo est devenu le plus jeune pays du monde. Mais cette indépendance n’est reconnue que par 111 pays. Outre la Serbie, la Russie, la Chine, Israël et même des pays de l’UE tel que l’Espagne et la Roumanie, refusent de reconnaître sa souveraineté. Nous avons cru comprendre que ces pays ont eux même des problèmes similaires avec des régions indépendantistes… Pourquoi réclamer l’indépendance ? Pour résumer (grossièrement) : le Kosovo, peuplé d’illyriens avant l’antiquité est ensuite conquis par l’empire romain. Puis les slaves s’y installent avec la dynastie serbe des Nemanjic. Au début du XVème siècle, la région, comme une grande partie des Balkans dont la Serbie, passe sous contrôle ottoman et ce durant 500 ans! Pendant cette période, le Kosovo s’islamise et stratégiquement, les turcs organisent l’arrivée d’albanais musulmans pour chasser les chrétiens et les orthodoxes.

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S’ensuit, un siècle de guerres balkaniques pendant lequel les frontières et les populations bougent beaucoup. Albanaise pendant la seconde guerre mondiale, la région est ensuite réintégrée de force à la Yougoslavie où elle devient une province autonome. Sous Tito, elle acquiert un droit à l’auto gestion jusqu’à l’arrivée au pouvoir dans les années 80 du serbe Milosevic qui, après avoir pénalisé la population albanaise du Kosovo (suppressions de postes d’enseignants, fermetures d’hôpitaux…), finit par totalement lui supprimer son autonomie constitutionnelle en 1989. Tout cela conduit à un mouvement de protestation, d’abord pacifiste avec Ibrahim Rugova, puis armé avec la création de l’UCK (Armée de Libération du Kosovo) en 1997. On peut apercevoir un peu partout dans le pays des monuments en l’honneur des « héros » de l’UCK (toujours armés jusqu’aux dents !).

Islam :

Presque 500 ans sous domination ottomane ont entrainé une islamisation massive de la région du Kosovo. Ceux qui acceptaient de se convertir accédaient à des postes importants dans la société. Les Turcs ont laissé aussi un héritage architectural important comme de très belles mosquées en pierre à Prishtinë, Prizren, et Pejë notamment ainsi qu’un hammam datant de cette période.

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Aujourd’hui, la population est à 80% musulmane. L’islam pratiqué est très tolérant. Les mosquées sont accessible à tous les visiteurs (non musulmans et femmes y compris) et nous avons pu discuter très librement avec des religieux ou de fervents pratiquants. Assez peu de femmes portent le voile et les jeunes sont habillées à l’occidental voir même très court. La consommation d’alcool est courante. Surtout, les différentes religions cohabitent sans difficultés.

Ours :

Les ours du Kosovo ne font l’objet d’une protection nationale que depuis 2010. Dès lors, il est interdit d’en détenir de manière privée. Pourtant, jusqu’en 2013, de nombreux restaurants du pays en possédaient encore pour attirer la clientèle. Les animaux étaient enfermés dans de petites cages  et souvent traités de façon très inadaptée.

La fondation Four Paws a contraint tous les privés ayant un ours à le leur céder et a créée non loin de la capitale, Prishtinë, un Bear Sanctuary où ils vivent à présent dans de bonnes conditions. Un très bel endroit pour observer ces êtres majestueux…

Hospitalité :

Le Kosovo est réputé pour avoir conservé de grandes traditions d’hospitalité. Nous avons été effectivement volontiers invités alors que nous cherchions un champ pour passer la nuit. Halil nous a offert le café et la rakia (eau de vie) puis du fromage et du yaourt maison ainsi que des gâteaux. Il était assis par terre, pendant que nous étions sur le canapé ! Gênant lorsque l’on n’est pas habitué ! Comme c’est souvent le cas ici, il vivait sous le même toit que deux de ses enfants et ses 2 petits enfants, Arhianett et Shkodran.

Grâce aux musées ethnographiques et de par nos tribulations, nous avons pu découvrir aussi les maisons d’antans, avec leurs pièces réservées aux étrangers, et les traditions culinaires (ici une sorte de gâteau de crêpe cuit à l’aide d’un couvercle chauffé au feu de bois, un travail long et fastidieux !).

Espaces naturels :

Le Kosovo, lové au creux des montagnes, regorge de petits coins de nature magnifiques. Nous avons en particulier pu apprécier les montagnes de Rugova où se succèdent gorges, lacs, cascades, forêts et pâturages verdoyants. 10% du territoire est classé en parc naturel national (seule l’Islande fait mieux en Europe !).

Mais en pratique, les choses sont un peu différentes : la conscience écologique des citoyens n’est pas très développée, le ramassage des ordures n’est pas vraiment organisé et la législation à ce sujet n’est pas appliquée ce qui donne lieu à des décharges sauvages et à des sentiers en pleine forêt totalement pollués. Croisons les doigts pour que cela change rapidement !

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Jeunesse :

Selon un guide rencontré dans un musée, le Kosovo est encore un bébé qui a besoin de grandir. Aussi imparfait qu’il soit, nous sentons dans le pays un sentiment de liberté auprès des jeunes. De nombreux slogans expriment la liberté sur les murs. Dans les rues de Pristhinë, on assiste à des démonstrations sportives. Les terrasses des cafés et des restaurants sont bondées le soir venu. Mais le taux de chômage est énorme et touche principalement les jeunes (environ 43%). Un autre problème important concerne les visa : les kosovares se voient refuser la plupart des visas demandés et sont comme « enfermés » dans leur pays ce qui entraine une impossibilité pour les jeunes de faire leurs études à l’étranger et leur ferme de nombreuses portes…

 

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Le merle veut faire ses valises (« kos » de Kosovo = merle en serbe).

Corruption :

Un des problèmes majeurs du pays et la raison principale de la présence des différentes missions internationales. Elle soutient de nombreuses économies parallèles telles que marché noire et trafics en tout genre (alcool, drogue, prostitution, voire même organes…) et accentue le développement d’une société à deux vitesses avec une grande partie de la population très pauvre et une minorité très riche. La population n’a pas confiance en la politique de son pays ni dans les représentants de la loi. Le problème est qu’elle n’a pas confiance non plus en l’EULEX (police européenne), garante de la lutte anti-corruption (mise en cause dans des affaires de corruption…).

Le «Doku Fest » (concours de documentaires) de la jolie ville de Prizren a même choisi ce thème pour son édition 2016.

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Instances Internationales

En 1998, la mort du fondateur de l’UCK et de sa famille entraîne une flambée de violence puis le début de la guerre entre Serbie et Kosovo. En 1999 le massacre de Racak (évènement controversé qui aurait vu le massacre de civils albanais par des forces de l’ordre serbes), ainsi que le refus du président serbe de signer un accord après de longues négociations, déclencheront 78 jours de bombardement de l’OTAN visant la Serbie. A la fin de cette intervention musclée, le Kosovo est placé sous la protection des Nations Unies par le biais de la MINUK (mission Intérimaire des Nations Unies au Kosovo). Ci dessous le monument commémoratif en l’honneur des « victimes » de Racak

L’OTAN, de son côté, déploie une protection militaire par le biais de la KFOR (on trouve fréquemment des panneaux inédits réservés aux tanks sur les routes du pays !).

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En 2008, suite à la déclaration d’indépendance du pays, l’Union Européenne s’engage également au Kosovo par le biais de l’EULEX qui intervient dans les domaines de la police, de la justice et des douanes et a pour mission de contrôler la mise en place d’un état de droit. A ses tâches exécutives succèdent à présent des tâches de transferts de responsabilité aux autorités kosovares.

Nous avons eu la chance de pouvoir longuement échanger avec plusieurs personnes engagées dans l’EULEX et nous avons été impressionnés par leur courage et leur implication. Grace à eux, nous avons appris beaucoup sur leurs fonctions et sur le pays.

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Enjeux internationaux:

Le conflit serbo-kosovare, comme tous les conflits, a desservi de nombreux intérêts. Les USA, en tant que principal soutien à l’indépendance du Kosovo, sont considérés comme des libérateurs par la population (deux avenues portent le nom de Bush et Clinton à Pristhinë et une statue de Clinton trône dans la ville). Cette indépendance leur a surtout permis d’installé leur plus gosse base militaire européenne au sud du pays… Les mines contenant des métaux stratégiques ont sûrement aussi joué leur rôle dans cette intervention.

Bebe Globetrotter 980

Base de Bondsteel

Comme nous l’a fait remarqué un serbe rencontré dans un temple du Kosovo, tout cela est politique. Les peuples ne voulaient pas de cette guerre. Seuls quelques groupes de personnes se sont enrichis et ont profité de cette guerre. Les autres sont surtout vécus des années d’angoisse et de tristesse…

Monastères :

Une des arguments avancés par la Serbie quand au refus de céder le Kosovo est la présence sur le territoire de nombreux édifices religieux importants dans l’histoire du pays. A Decani repose un roi dont la dépouille fût retrouvée intacte lorsqu’elle fût déplacée, 10 ans après son inhumation. Aujourd’hui encore, tous les jeudis à 19h, a lieu un office où il est possible d’embrasser sa main. Nous ne l’avons pas vu de nos propres yeux, on reste donc sceptique…

Ce patrimoine orthodoxe a pu être préservé des différents conflits grâce à la présence de postes militaires à l’entrée.

Bebe Globetrotter924

 

Do you like Kosovo ?

A cette question que nous ont systématiquement posé les kosovares, nous répondrons de façon nuancée : on a aimé la sensation vibrante d’être au cœur d’un pays qui savoure son indépendance, le potentiel touristique génial et inexploité de ce pays, la gentillesse et l’hospitalité extraordinaire de ses habitants, la cohabitation exemplaire des différentes religions, le dépaysement vécu à deux pas de chez nous… Bien sûr, il reste de gros efforts à fournir pour faire bouger les mentalités quant à la préservation de l’environnement et la prévention de la corruption.

Ce que l’on peut leur souhaiter pour l’avenir ? La paix avec la Serbie, une reconnaissance totale de leur indépendance et une stabilité politique. Mais, comme le veut l’expression, « Paris ne s’est pas faite en un jour »alors laissons-leur le temps de prouver qu’ils sont capables d’être un état pleinement démocratique !

3 Des réflexions sur “Kosovo

  1. Beau travail ! Malgré le peu de photos de vous à proprement parlé c’est un véritable article digne d’un grand reporter ! Le format est top & Avec un clin d’œil bien particulier sur l’actualité bouillonnante française …
    Il n’y a qu’en s’immergeant culturellement dans un pays que l’on peut s’apercevoir de la réalité. Surtout garder de l’espoir pour Le Kosovo qui j’espère trouvera sa place.
    Merci pour la lecture. 🙂
    Des bisous les loulous.

  2. Bravo pour vos commentaires sur le KOSOVO ! J’ai appris beaucoup de choses que j’ignorais.
    Un grand MERCI à vous qui partagez votre voyage, votre enthousiasme est communicatif !!!

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