Ouzbekistan

Assalam Alaykoum !

Le 07 mai 2017, nous voici devant la frontière Ouzbek. Nous nous trouvons alors face à une scène impressionnante : des centaines de piétons et véhicules font la queue pour traverser d’un pays à l’autre. Nous apprenons que l’attente est de plus de 24 heures ! Heureusement, en tant que touristes (et de surcroît accompagnés d’un bébé), on a la chance de bénéficier d’un traitement de faveur et on nous laisse passer en priorité. Après tout de même 7 heures sur place et une fouille approfondie du véhicule (les autorités ouzbeks font parties des plus tatillonnes quand à l’entrée de produits divers sur leur territoire !), nous posons enfin nos pneus en Ouzbékistan !

La deuxième étape est alors de faire du change : la monnaie locale a tellement peu de valeur (1 dollar= 3500 soums) que les locaux sont tous friands des billets verts ($) pour leur stabilité économique et la possibilité de les utiliser à l‘étranger ; ils proposent donc de les échanger contre le double du cours officiel. Pensez à vous munir de dollars avant l’entrée dans le pays. Mais attention ! Bien que très répandue, cette procédure reste interdite ! Après négociations, on repart avec plus de 3 millions de soums en coupures de 1000 et 5000. Le montant des factures est impressionnant !

Comme rien n’est simple ici, on apprend qu’on a l’obligation de nous enregistrer au moins toutes les 72 heures dans un hôtel et de récupérer des coupons qui peuvent nous être réclamés à la sortie du territoire… On tente de passer outre cette procédure en allant voir les services d’immigration mais on comprend vite que c’est impossible… Tant pis, on fera sans. Inchallah !

On traverse une longue et très mauvaise route à travers le Karakalpaks’tan (région autonome) et le désert du Kyzyl Kum, sous une chaleur écrasante. On profite du plaisir d’être seuls parmi la flore et la faune sauvage.

Attention ! Il est presque impossible de trouver du diesel (ou de l’essence) dans le pays. Toutes les voitures locales sont équipées au gaz (le pays étant gros producteur). Heureusement, nous avons fait le plein de nos réserves au Kazakhstan On arrive dans le rouge à la première grosse ville et après moult recherches, on trouve l’astuce : les cafés de bord de routes ont souvent un stock qu’ils se procurent chez les kazakhs ou par le biais des poids lourds qui siphonnent une partie de leur réservoir…

Nous nous rendons à Moynak, ancien port de pêche au bord de la mer d’Aral, où l’on peut réaliser l’ampleur d’un des plus grands désastres écologiques du XXème siècle : l’assèchement d’une mer intérieure due à la culture intensive du coton. En l’espace de 30 ans, la population locale a complètement perdu la seule ressource qui lui permettait de subvenir à ses besoins ! Aujourd’hui, un petit lac artificiel a été recréé pour tenter d’apporter un peu de poissons et de baume au cœur aux habitants. Le spectacle du cimetière à bateau reposant aujourd’hui sur un désert est aussi photogénique que désolant !

Nous faisons là la rencontre de 3 couples de retraités et Nicole, une joyeuse troupe en route pour la Mongolie avec leurs 4×4 rutilants mais tombés en rade de carburant dans cette zone reculée du monde (https://4×4-aventures.fr/). Avec eux, on fait le plein de gastronomie française, de rire, d’affection pour Léon qui tombe sous le charme de ses « mamies » et la rencontre de sympathiques gamins du village. Merci à vous pour ce beau moment partagé !

Côté gastronomie, l’Ouzbékistan n’est pas en reste ! On adopte très vite les tapchan, banquettes traditionnelles et colorées où l’on déguste, assis en tailleur ou à genoux autour d’une table basse, des mets savoureux et parfumés : samsa, plov, soupes lagman, mantys… Léon adhère !

En bon ambassadeur de la paix, il fait la connaissance de nombreux ouzbeks avec qui il sympathise très naturellement !

Nous voilà lancés à la conquête des citadelles du désert, vestiges de grandes cités des routes de la soie, isolées au milieu de zones arides.

C’est au pied de la citadelle Ayaz Kala, que l’on partage « quelques » verres avec un couple d’autochtones complètement délirants très vite rejoints par Xenia et Martin, des suisses vraiment sympas qui ont enfourchés leurs bécanes pour parcourir le monde. (http://www.xtadventures.ch/home-english). Un moment qui restera un super souvenir !

C’est parti pour la découverte des magnifiques vestiges de l’ère timouride, ces villes construites durant la grandeur des routes de la soie. Au XIVème siècle, Tamerlan ou Timour Le Boiteux conquière une grande partie de l’Asie Centrale et occidentale et fonde la dynastie des Timourides. On peut aujourd’hui encore admirer l’architecture extraordinaire qu’ils ont laissée derrière eux…

A Khiva, véritable ville musée située dans une oasis, l’Itchan Kala (cité intérieure) dissimulée derrière deux murailles de fortification nous laisse entrevoir de magnifiques monuments. On a un vrai coup de cœur pour la mosquée Djouma constituée uniquement d’un plafond en bois soutenu par de superbes colonnes en bois ciselées ainsi que pour la décoration du harem. Bien qu’ayant abrité un Khan (sultan) jusqu’en 1919, la ville n’est malheureusement plus habitée depuis les restaurations de l’ère soviétique ce qui lui ôte beaucoup de son âme…

Nous longeons l’Amou Daria avant une nouvelle longue traversée du désert qui nous coûtera un ensablement.

Arrivés à Boukhara, on se lance à la conquête des nombreuses mosquées et madrasas (écoles coraniques) qui rivalisent par la beauté de leurs façades en majoliques. La place Poi Kalon est superbe On découvre aussi les bazars et coupoles marchandes qui proposent de magnifiques suzanis, des étoffes brodées aux couleurs chatoyantes.

Pause nature sur la route pour Samarkand. Les rencontres avec les bergers se succèdent. Léon découvre la vie des nomades (qui ne le sont plus vraiment) et les ballades à dos d’âne. Dur dur de trouver de l’ombre et de la fraîcheur dans ces paysages décharnés !

Une bifurcation vers le lac Aydar Kul, situé dans le désert du Kyzyl Kum, au-delà de la petite chaîne de montagne de Nourata, nous permet une halte des plus sauvages.

Nous longeons ces jolis reliefs propices aux bivouacs et à la contemplation des couchers de soleil…

…avant d’arriver à Samarkand, capitale de Tamerlan qui lui offrit sa grandeur. Il repose dans le majestueux Gour Emir. Sous le règne de son fils, Ulugh Begh, astronome, Samarkand connaîtra son apogée intellectuelle et artistique. La beauté des monuments de la ville atteint son paroxysme lors de la montée à la nécropole Chah e Zindeh où les mausolées sont à couper le souffle. Seul bémol : la ville est une fois de plus aseptisée par le tourisme : les rues sont trop neuves et remplies d’échoppes à touristes ; les vieux quartiers sont dissimulés derrière d’immenses murs (cache misère ?!?°)…

Avant de nous diriger vers la capitale, on fait un décroché par le parc national Zaamin. La piste pour y accéder est mauvaise mais la promesse de la chaîne enneigée du Tian Chan qui se dessine au loin suffit à nous motiver !

On tombe totalement sous le charme du lieu et on établit notre bivouac là où nait un canyon que l’on suit et qui nous mène vers un lieu extraordinaire : plusieurs vallées bordées de falaises abruptes s’entrecroisent pour le plus grand bonheur des aigles qui décollent au dessus de nos têtes. Magnifique ! Attention, sur les cartes, il semble que l’on puisse faire une boucle pour ressortir par l’autre côté du parc : en réalité, on est arrêté près de la frontière kirghize par l’armée qui refuse de nous laisser passer et on se voit dans l’obligation de faire demi-tour !

Halte fraîcheur dans un canal d’irrigation avec les locaux sous cette chaleur écrasante.

On enchaîne les petits bivouacs champêtres avant d’aller affronter la grande ville…

On essuie notre première crevaison lente. Notre compresseur nous sauve la mise et nous permet d’attendre Tachkent avant de faire réparer notre pneu pour la modique somme de 15000 soums (1,90€).

Nous voici à la capitale. Un peu kitch et rococo côté architecture, Tachkent ne semble pas être la capitale la plus agréable à vivre. Cependant, le marché de Chorsu, le plus grand d’Asie Centrale, est plutôt sympa pour découvrir tous les superbes produits que recèlent le pays et ses voisins mais extrêmement cher pour les touristes qui sont repérés direct ! Jetez un œil à la graisse de l’arrière train très particuliers des moutons d’ici, un met de choix (qui vous emporte la bouche) que les Ouzbeks mettent dans tous les plats !

On fait la rencontre de Damien et Olga, un couple de français expatriés avec leur petit Maxime d’1 an. On partage des supers moments ensemble. Léon profite de la présence d’un copain et nous, on apprécie la visite guidée ! Merci à tous les trois pour ces précieux instants.

Grâce à eux, on en apprend aussi un peu plus sur le fonctionnement politique et sociétal de l’Ouzbékistan et on comprend mieux le comportement de certains locaux vis-à-vis de nous : les ouzbeks ont l’interdiction d’accueillir des touristes chez eux sans faire une demande officielle et payante (20$) à l’immigration. Chaque quartier est « présidé » par un ancien qui en cas de problème se réfère à une brigade de police attitrée au quartier. Voilà pourquoi pour la première fois lors de nos bivouacs, nous nous sommes souvent heurtés aux habitants qui nous demandaient de partir et appelaient facilement la police…

Une fois n’est pas coutume, nous finirons cet article avec un aperçu des plus jolis et impressionnants spécimen d’insecte rencontrés en Ouzbekistan.

Nous conclurons sur un mot un peu nuancé. Nous avons pu apprécier la traversée parfois sauvage et parfois d’une grandeur culturelle incroyable de cette terre. Cependant, nous avons senti que notre mode de voyage n’était pas adapté à la volonté politique actuelle du gouvernement. Tout est fait pour encourager (voire obliger) le touriste à voyager de façon traditionnelle (voire massive) : hôtels, cars, visites guidées, chauffeur (la location de véhicule n’est pas autorisé sans un chauffeur !!!), boutiques à touristes… Nous ne nous sommes pas toujours sentis les bienvenus. La barrière de la langue a été pour la première fois très difficile à dépasser et la curiosité des gens n’était pas toujours très saine… Tout ceci n’enlève rien à notre joie d’avoir découvert tous les joyaux dissimulées dans cet écrin…

Ko’rishguncha!

7 Des réflexions sur “Ouzbekistan

  1. Tout ceci est magnifique ! Quelle grandeur et que le monde est beau ! Comme je vous envie… et pourtant, j’ai moi aussi roulé ma bosse en camping-car à l’époque, mais nous nous sommes arrêtés en Afrique de l’Ouest avec mon bébé de 9 mois.
    Lorsque je vois grandir votre petit d’homme de Léon (ce qu’il est beau !) je repense à mon fils a la même époque.
    Continuez ainsi à nous faire rêver et découvrir au travers de vos yeux toutes les merveilles qui existent « encore » dans ce bas monde.
    Faites attention à vous et à votre petit et, je vous souhaite de belles rencontre et de belles découvertes.

  2. Je suis une grand’mère de 68 ans, lyonnaise, qui n’a jamais voyagé…
    Je lis avec un immense plaisir votre récit d’un superbe voyage !
    Bravo et MERCI de partager la joie de vos découvertes.
    A bientôt !

  3. Moi aussi je suis une grand mère de 61 ans et j’adore comme toujours vos reportages. C’est magnifique !!!!
    Bonne continuation. Régalez vous et soyez prudent quand même. Bizz à vous trois

  4. sometimes – you are in such controversial situations – but … you are anywhere in the world – still “at home”!
    Chapeau!
    et
    Bon Voyage!

  5. C’est sûr vous avez traversé des régions plus accueillantes, mais les paysages restent superbes. Si vous pouviez m’envoyer les photos 2228 et 2262 pour illustrer mon nouvel article. Bon voyage pour la suite des aventures de Léon.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*